Depuis le 11 août 2026, les entreprises ne peuvent plus démarcher les Français par téléphone sans consentement préalable. Au Maroc, le ministre Younes Sekkouri a évalué à 40 000 à 50 000 le nombre d’emplois menacés dans les centres d’appels. L’IT n’est pas visée par la loi, mais l’épisode éclaire les risques de dépendance du nearshore à un seul client.
L’offshoring Maroc subit un choc réglementaire venu de France : la loi sur le démarchage téléphonique, entrée en vigueur le 11 août 2026, menace 40 000 à 50 000 emplois dans les centres d’appels, dont certains réalisent jusqu’à 80 % de leur chiffre d’affaires avec le marché français. Aucune source consultée ne chiffre l’effet sur l’IT, un secteur différent mais qui partage des clients, des talents et des enseignements.
Ce que prévoit la loi
Le démarchage commercial par téléphone n’est plus permis sans consentement préalable, sauf exceptions. Ce consentement doit être libre, éclairé et donné par un acte positif, pour une durée qui ne peut pas dépasser un an. Les appels autorisés ont lieu du lundi au vendredi, de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h. Le texte, voté plus d’un an avant son application, ne laissait pas de surprise sur le calendrier.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Entrée en vigueur | 11 août 2026 |
| Emplois menacés au Maroc | 40 000 à 50 000 (ministre Younes Sekkouri) |
| Dépendance au marché français | jusqu’à 80 % du chiffre d’affaires pour une partie des opérateurs |
| Part des PME dans le secteur | plus de 60 % du tissu des centres d’appels |
| Investissement dans le secteur en 2023 | environ 1,3 milliard de dirhams |
Une onde de choc régionale
La presse marocaine décrit des fermetures brutales, des salariés sans salaire depuis juillet et des sociétés qui invoquent l’impossibilité de payer les indemnités légales. Le gouvernement a annoncé un plan d’action pour limiter les pertes d’emplois et accompagner la reconversion du secteur. Des syndicats du Maroc, de la Tunisie et de la France ont formé un front commun : ils demandent aux donneurs d’ordre français un devoir de vigilance sur leur chaîne de sous-traitance.
Des inquiétudes semblables sont signalées en Tunisie, au Sénégal et à Madagascar. Les pistes de réponse citées reposent sur la diversification vers le marché intérieur, par exemple les services externalisés pour des organismes publics et de grandes entreprises marocaines, et sur la montée en valeur ajoutée. Un article de Hespress note que cette montée en gamme est difficile à court terme pour des dizaines de milliers de conseillers téléphoniques.
Ce que ça change pour les ESN et le nearshore IT
Le premier enseignement est celui du risque de concentration. Un site qui travaille presque exclusivement pour un marché réglementé par un seul pays est exposé à une décision qu’il ne maîtrise pas. Les centres de services informatiques ne sont pas dans la même situation que la télévente, mais un nearshore Maroc ou Tunisie bâti sur un seul grand client français, ou sur un seul type de contrat, relève de la même logique de diversification.
Le deuxième enseignement tient à la chaîne de valeur. Le Maroc a fait de l’offshoring un pilier : le dispositif d’incitations jusqu’en 2030 vise à passer d’un positionnement sur le coût à un positionnement sur la valeur, comme nous le détaillons dans notre article sur l’offre offshoring Maroc et ses incitations jusqu’en 2030. L’épisode du démarchage rappelle pourquoi cette montée en gamme est une nécessité autant qu’un choix, notamment face à la montée de l’IA dans la relation client, que mentionne le même article de Hespress.
Le troisième enseignement est prudent : les sources consultées ne disent rien d’un effet direct sur l’IT. On peut formuler deux hypothèses, à vérifier. La première est celle de talents francophones libérés, que des ESN pourraient former. La seconde est celle d’une pression sociale et politique qui s’étendrait à d’autres métiers d’offshoring. Ni l’une ni l’autre n’est démontrée à ce stade. Pour situer le pays par rapport à ses concurrents, notre point sur le Maroc au 19e rang de l’indice Ataraxis 2026 offre un repère comparatif. Notre analyse de l’installation de l’Allemagne au Maroc montre justement une piste de diversification des clients.
Pour les directions d’ESN qui externalisent au Maroc ou en Tunisie, la vérification de la chaîne de sous-traitance, des contrats de travail et de la solidité financière des prestataires devient un point d’attention, à la lumière du front syndical sur le devoir de vigilance. Pour les consultants, le sujet est moins direct.
Reste enfin la question des chiffres. Les estimations d’emplois menacés proviennent d’un ministre et de fédérations professionnelles, c’est-à-dire d’acteurs qui plaident aussi pour des mesures d’accompagnement. Elles donnent un ordre de grandeur, pas un décompte. Les prochains mois diront combien de postes disparaissent réellement, combien sont reconvertis, et si le plan d’action annoncé par le gouvernement marocain change la trajectoire. Les ESN qui suivent le dossier de près auront intérêt à distinguer ce que disent les communiqués de ce que montrent les fermetures effectives.
Les points à retenir
- La loi sur le démarchage téléphonique est entrée en vigueur le 11 août 2026, avec un consentement préalable obligatoire.
- Le ministre marocain évalue à 40 000 à 50 000 les emplois menacés dans les centres d’appels.
- Certains opérateurs dépendent du marché français jusqu’à 80 % de leur chiffre d’affaires.
- Aucune source consultée n’évalue l’effet sur l’IT, qui relève d’un autre marché.
Sources : Le Matin sur la fin du démarchage et les 50 000 emplois menacés, Hespress sur l’entrée en vigueur de la loi française.

