Nearshore Maroc : l’Allemagne s’y installe, quels effets pour les ESN

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Des groupes allemands d’ingénierie font du Maroc une base de nearshoring technologique, selon un article de Hespress daté du 9 mars 2026 qui s’appuie sur une analyse de Germany Trade and Invest. Bertrandt, FEV et Fichtner sont cités. Le sujet n’est pas un événement de la semaine, mais il éclaire une évolution de fond qui intéresse directement les ESN françaises installées au Maroc ou qui envisagent de l’être.

Le nearshore Maroc ne se résume plus à la clientèle francophone : des acteurs allemands y implantent des activités de tests, de validation et d’ingénierie, alors que le pays vise le doublement de ses revenus d’offshoring d’ici 2030.

Ce que disent les sources sur l’arrivée allemande

Selon Hespress, Bertrandt AG et FEV Group développent des activités de tests et de validation technologique, notamment dans l’automobile. Fichtner GmbH & Co. KG mène des projets d’ingénierie dans l’énergie, l’environnement et les infrastructures numériques. L’article cite aussi la Chambre allemande de commerce et d’industrie au Maroc, qui accompagne les investisseurs.

D’autres acteurs jouent un rôle de soutien. Le Jazari Institute, institut marocain dédié notamment à l’intelligence artificielle, est mentionné. La Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel pilote le rapprochement des normes marocaines avec les exigences européennes, un point décisif pour les projets qui manipulent des données de clients européens.

Ces exemples relèvent plutôt de l’ingénierie industrielle que du développement logiciel pur. Aucune des entreprises citées n’est une ESN au sens français du terme, ce qui nuance la comparaison avec les acteurs du numérique.

La stratégie marocaine pour 2030

Fin janvier 2026, le gouvernement marocain a présenté une stratégie pour accélérer l’offshoring. Selon Hespress, elle vise à doubler les revenus de l’industrie d’ici 2030, soit près de 40 milliards de dirhams (environ 3,7 milliards d’euros), et à créer 270 000 emplois supplémentaires. Le secteur emploie aujourd’hui environ 150 000 salariés.

Indicateur Valeur Source
Exportations de services d’offshoring fin 2024 26,22 milliards de dirhams Le360
Exportations de services en 2025 Près de 27 milliards de dirhams, surtout vers l’Europe francophone Hespress
Emplois fin 2024 148 500 Le360
Objectif 2030 : exportations 40 milliards de dirhams Hespress, Le360
Objectif 2030 : emplois 270 000 Hespress, Le360

Les deux sources ne s’accordent pas sur la nature de l’objectif d’emplois : Hespress parle d’emplois supplémentaires, Le360 présente 270 000 emplois comme la cible du secteur. Le calcul de l’écart avec les 148 500 emplois de fin 2024 donne des résultats très différents selon la lecture retenue, ce qui impose de la prudence.

Cette trajectoire a déjà été détaillée dans notre analyse de l’offre offshoring du Maroc et de son dispositif d’incitations jusqu’en 2030.

Les mesures annoncées pour monter en gamme

Le360 relève plusieurs mesures : un comité sectoriel dédié aux compétences des technologies de l’information et de la communication, des référentiels métiers communs, un institut de formation de formateurs et le programme Digital Export, destiné à accroître la valeur produite localement. Les domaines prioritaires sont le cloud et les services managés, le travail sur la donnée, la cybersécurité par des centres opérationnels et l’ingénierie logicielle, dont les plateformes SaaS.

Cette montée en gamme concerne directement les ESN. Les centres de services centrés sur l’exécution de tâches répétitives pourraient devoir évoluer vers des compétences plus rares, avec un coût local plus élevé à la clé (hypothèse de travail). La place du Maroc face à l’IA est analysée dans notre article sur le Maroc 19e sur 25 de l’indice Ataraxis 2026.

Ce que ça change pour les ESN françaises

Notre analyse, qui reste une hypothèse de travail et non un constat chiffré, repose sur trois effets possibles. Le premier est une concurrence accrue pour les ingénieurs, notamment dans l’automobile et l’énergie, si les groupes allemands recrutent massivement sur les mêmes bassins que les centres de services français.

Le deuxième est une diversification des clients du nearshore marocain. Les exportations de services partent aujourd’hui surtout vers l’Europe francophone, et l’arrivée d’acteurs allemands élargit ce périmètre. Pour une ESN française, cela peut être une opportunité de proposer des services à des clients non francophones, ou une perte d’exclusivité sur des talents bilingues.

Le troisième effet porte sur les coûts. Aucune des sources consultées ne chiffre l’évolution des salaires locaux, et nous ne disposons pas ici de données comparatives. Il serait imprudent d’annoncer une hausse. Il est en revanche légitime, pour un dirigeant d’ESN, de la simuler dans ses hypothèses de marge à trois ans, en lien avec les enseignements de notre article sur les pays où produisent les ESN françaises.

Pour les consultants, la conséquence est surtout une mobilité accrue : plus d’employeurs sur le même marché local, et des centres de services qui cherchent à conserver leurs profils les plus qualifiés. Le sujet demande un suivi, car les chiffres de 2025 et 2026 sur l’emploi et les exportations ne sont pas encore connus en détail.

Les points à retenir

  • Des groupes allemands (Bertrandt, FEV, Fichtner) développent des activités d’ingénierie et de tests au Maroc, selon Hespress (9 mars 2026).
  • Le Maroc vise 40 milliards de dirhams d’exportations et 270 000 emplois d’ici 2030, avec une nature de l’objectif d’emplois qui diffère selon les sources.
  • Les exportations de services (près de 27 milliards de dirhams en 2025) vont surtout vers l’Europe francophone.
  • Pour les ESN françaises, l’enjeu est la concurrence pour les talents et la diversification des clients, sans chiffrage fiable de l’effet sur les coûts à ce stade.

Sources : Hespress, le Maroc, nouvelle base de nearshoring technologique pour les entreprises allemandes ; Le360, offshoring : un virage technologique promis d’ici 2030.

Rédaction myESN
Rédaction myESN
La rédaction de myESN décrypte le marché des ESN, du conseil IT, du freelance et du portage salarial.

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