Le coût horaire du travail atteint 13,4 € en Roumanie contre 44,7 € en France en 2025, selon les données publiées par l’Insee le 18 septembre 2026. Le groupe Equans, filiale de Bouygues, vient de s’y implanter avec un hub IT de 1 600 m² à Bucarest, prévu pour environ 160 personnes.
Le nearshore Roumanie coûte environ trois fois moins cher en salaires qu’une équipe française, mais le vivier de spécialistes IT reste étroit : 2,7 % de l’emploi total, contre 5 % en moyenne dans l’Union européenne. Le gain existe, il se paie en capacité de recrutement et en concurrence entre donneurs d’ordre.
Roumanie, Pologne, Portugal : l’écart de coût horaire avec la France
Pour chiffrer le nearshore Roumanie, les chiffres de l’Insee, issus d’Eurostat, portent sur le coût horaire par salarié en équivalent temps plein dans le secteur marchand non agricole, pour les entreprises de dix salariés ou plus. La France y figure à 44,7 €, la Roumanie à 13,4 €, la Pologne et le Portugal à 18,3 € chacun, la Bulgarie à 11,8 €. La moyenne européenne est de 34,7 €.
| Pays | Coût horaire 2025 | Part du coût français (calcul myESN) |
|---|---|---|
| France | 44,7 € | 100 % |
| Pologne | 18,3 € | environ 41 % |
| Portugal | 18,3 € | environ 41 % |
| Roumanie | 13,4 € | environ 30 % |
| Bulgarie | 11,8 € | environ 26 % |
Ces valeurs concernent l’ensemble de l’économie marchande, pas les métiers du numérique. Elles donnent un ordre de grandeur de l’écart, pas un coût de développeur ni un TJM. Le salaire d’un ingénieur à Bucarest ou à Lisbonne s’écarte de la moyenne nationale, et l’écart avec Paris se resserre sur les profils rares.
Equans ouvre un hub IT à Bucarest : un centre de services interne
Equans, groupe français d’énergie et de services techniques détenu par Bouygues, a annoncé en juin 2026 l’ouverture de son hub informatique dans le complexe One Cotroceni Park, à Bucarest. Les locaux d’environ 1 600 m² accueillent une équipe de 150 à 160 spécialistes, avec une activité opérationnelle depuis mars 2026, d’après la presse économique roumaine et la fiche de Team France Export.
Le hub vise la cybersécurité, le cloud, l’IA, la data et la gestion des identités, ainsi que des fonctions de conformité. Il offre un support en français, en anglais et en allemand pour les filiales du groupe. Les profils recherchés relèvent de la cybersécurité, de l’ERP, de la data et de Salesforce. Il ne s’agit pas d’une ESN : c’est un centre de services captif, qui mutualise l’IT d’un donneur d’ordre.
Un vivier étroit : 2,7 % d’emploi IT en Roumanie
Selon Eurostat, repris par Economedia le 27 mai 2026, les spécialistes des TIC représentaient 5 % de l’emploi total dans l’Union européenne en 2025, soit environ 10,45 millions de personnes. La Roumanie affiche 2,7 %, le deuxième niveau le plus bas, derrière la Grèce à 2,5 %. La Suède atteint 8,9 %.
Cette donnée relativise l’argument du coût. Un pays peut offrir des salaires bas et des universités techniques reconnues tout en comptant peu de profils expérimentés par rapport à sa taille. Quand plusieurs groupes ouvrent des équipes dans la même capitale, la tension sur les salaires monte plus vite que dans un marché profond.
Ce que ça change pour les ESN
Le nearshore Roumanie n’est plus réservé aux ESN : un client final peut monter son centre de services sans passer par un prestataire, et c’est le sens de l’opération d’Equans.
Pour une ESN française, le premier effet est concurrentiel. Quand un grand compte ouvre son propre hub, il internalise des tâches de support, de sécurité ou de données qu’il confiait à des prestataires. Le périmètre de l’infogérance et de la tierce maintenance se réduit, surtout pour les contrats de volume où le prix décide.
Le deuxième effet touche la structure des offres. Les ESN qui produisent déjà au Maghreb, en Pologne ou au Portugal, comme le détaille notre panorama des implantations nearshore des ESN françaises, devront justifier leur choix par la compétence plus que par le seul coût. Un site roumain de plus de 150 personnes, ouvert en quelques mois, montre qu’un client peut reproduire un centre de services, avec des équipes qui parlent français et allemand.
Troisième effet, la mixité des équipes. Les modèles combinent désormais régie, forfait et centre de services, comme le rappelle notre analyse des modèles de delivery des ESN. L’IA générative pèse aussi sur la valeur du temps passé, ce qui fragilise un argumentaire fondé sur le seul écart de coût horaire, point que développe l’étude sur l’impact de l’IA générative sur le modèle économique des ESN.
Pour les consultants et freelances en France, l’effet est indirect. La pression porte sur les missions répétables de support et de maintenance, moins sur les profils d’architecture, de cybersécurité ou de conduite de projet au contact du client, qui restent difficiles à déporter.
Les points à retenir
- Le coût horaire roumain représente environ 30 % du coût français en 2025 (13,4 € contre 44,7 €), selon l’Insee.
- La Pologne et le Portugal se situent à 18,3 €, soit environ 41 % du niveau français.
- Equans a ouvert un hub IT d’environ 160 postes à Bucarest, signe que les donneurs d’ordre internalisent.
- La Roumanie compte 2,7 % de spécialistes TIC dans l’emploi, contre 5 % dans l’Union européenne.
- Ces coûts concernent toute l’économie marchande, pas les métiers IT : ils ne remplacent pas une grille de TJM.
Sources : Insee, coût horaire du travail dans l’Union européenne, données 2025 ; Team France Export, hub IT d’Equans à Bucarest ; Romania Insider, Equans IT hub ; Economedia, Eurostat sur les spécialistes TIC.

