La Cour des comptes a rendu public, le 22 octobre 2026, un rapport sur les outils bureautiques et collaboratifs de l’État. Elle chiffre à environ 100 M€ les dépenses de 2025 et recommande à l’administration de basculer vers une suite libre, hébergée en interne ou sur un cloud qualifié SecNumCloud, en trois à quatre ans au plus. Pour les ESN qui travaillent avec le secteur public, le sujet touche à la fois la demande et le positionnement.
Sur la bureautique de l’État, la Cour des comptes constate que Microsoft Office reste le standard dominant, que plus de la moitié des dépenses lui revient, et que l’État pourrait éviter jusqu’à 130 M€ par an en sortant d’une offre propriétaire.
Ce que mesure le rapport
Pour mesurer la bureautique de l’État, l’enquête porte sur environ 860 000 postes de travail dans les administrations centrales et déconcentrées. Les dépenses liées à ces outils atteignent environ 100 M€ en 2025, en forte hausse depuis 2021, tout en restant sous 2 % des dépenses informatiques de l’État. Plus de la moitié de cette somme va à Microsoft, au titre des licences et des services.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Postes de travail concernés | Environ 860 000 |
| Dépenses bureautiques en 2025 | Environ 100 M€ |
| Part dans les dépenses informatiques de l’État | Moins de 2 % |
| Part revenant à Microsoft | Plus de la moitié |
| Économie évitable par an (hors offre propriétaire) | Jusqu’à 130 M€ |
Ces chiffres sont ceux rapportés par Solutions Numériques. Ils appellent une précaution : la Cour présente une économie potentielle, non un budget voté. Le calcul suppose que la migration aboutisse sur l’ensemble du périmètre, ce qui reste à démontrer.
Ce que recommande la Cour
Les magistrats recommandent de passer à une suite bureautique libre en mode cloud, hébergée en interne par l’État ou sur une offre qualifiée SecNumCloud. Ils demandent que la DINUM pilote ce basculement progressif et que les outils bureautiques et collaboratifs entrent dans son périmètre de gouvernance. Le plan de migration devrait s’étaler sur trois à quatre ans au maximum.
La Cour insiste aussi sur la méthode. Elle propose d’associer davantage les ministères, dès 2027, à la feuille de route et à la gouvernance interministérielle, d’approfondir cette feuille de route jusqu’en 2030 et de faire du Club La Suite, lancé en 2025, un véritable lieu de réflexion sans alourdir la gouvernance.
La Suite numérique : un bilan jugé probant, mais fragile
D’après Acteurs publics, environ 40 M€ ont été investis dans les logiciels de La Suite, principalement libres et ouverts. Les ministères sont invités à y contribuer à hauteur de 3 à 4 M€ au total, selon une clé de répartition encore indéterminée. Le ministère des Armées a signé une convention d’un million d’euros pour des développements spécifiques.
Les magistrats jugent les résultats de la DINUM « probants » et la trajectoire solide, mais ils relèvent plusieurs faiblesses. Les besoins des ministères sont mal exprimés, notamment sur la sécurité des communications gouvernementales et les niveaux de diffusion restreinte. La messagerie sécurisée n’est pas encore une alternative viable pour plusieurs millions d’agents. Les agents perçoivent surtout La Suite comme un complément des suites existantes, Microsoft en tête.
La feuille de route fonctionnelle et technique n’a été partagée qu’à la fin de 2025, et l’arrêt prévu de la plateforme Resana en fin d’année est critiqué par plusieurs ministères pour sa brutalité.
Ce que ça change pour les ESN et les acheteurs
Selon Acteurs publics, les entreprises du numérique ne sont pas convaincues par la démarche de la DINUM. La Cour recommande d’ailleurs de renforcer la coopération avec le secteur, tout en préservant l’indépendance de la DSI de l’État, sa capacité à utiliser des logiciels libres et ses compétences internes. Cette dernière précision compte : elle limite la part des prestations externalisables.
Notre analyse, qui n’engage que myESN, distingue trois effets possibles pour les ESN. Le premier est une demande de services de migration, d’intégration et de support autour de solutions libres, avec un volume qui dépendra des arbitrages budgétaires. Le deuxième est un déplacement de la valeur des licences vers l’hébergement qualifié, un terrain où les nouvelles qualifications SecNumCloud redessinent l’offre disponible.
Le troisième effet concerne les modèles de contrat. Une administration qui veut conserver ses compétences internes pourrait pencher vers des missions ciblées et de l’assistance technique, plutôt que vers de grands forfaits clés en main. Cela renvoie à la distinction entre régie, forfait et centre de services et au débat sur la facturation au temps passé que nous évoquions dans notre analyse du Grand Angle ESN et ICT 2026.
Pour les consultants, les compétences recherchées se déplaceraient vers l’administration de suites libres, la sécurité des environnements cloud et la conduite du changement auprès de centaines de milliers d’utilisateurs. Ce scénario reste conditionnel : sur la bureautique de l’État, le rapport est une recommandation, et la trajectoire dépendra de décisions gouvernementales qui ne sont pas encore prises.
Les points à retenir
- La Cour des comptes chiffre à environ 100 M€ les dépenses bureautiques de l’État en 2025, pour environ 860 000 postes, dont plus de la moitié va à Microsoft.
- Elle recommande une suite libre en cloud, interne ou SecNumCloud, avec un plan de migration de trois à quatre ans au maximum, piloté par la DINUM.
- La Suite a reçu environ 40 M€ d’investissement, mais la messagerie sécurisée et la gouvernance restent des points faibles.
- Pour les ESN, les opportunités passent par la migration et l’hébergement qualifié, avec une marge limitée par la volonté de préserver les compétences internes de l’État.
Sources : Solutions Numériques, la Cour des comptes trace la voie vers le logiciel libre ; Acteurs publics, la Cour invite la DSI de l’État à collaborer avec les ministères.

