Les baromètres de salaires IT 2026 publiés depuis l’automne 2025 donnent des messages difficiles à concilier : Robert Half annonce +0,89 % pour l’IT en 2026, Robert Walters +4 %, et Silkhom, en juillet 2026, des hausses supérieures à 10 % sur la data avec des baisses sur la cybersécurité. Pour une ESN, un recruteur ou un consultant, la bonne lecture compte autant que le chiffre.
Les salaires IT 2026 progressent en moyenne de 1 % à 4 % selon les études, mais cet écart vient surtout de ce que chaque baromètre mesure : prévisions ou salaires observés, grille francilienne ou national, juniors ou profils de plus de sept ans d’expérience. Aucun chiffre isolé ne vaut référence pour une négociation.
Deux prévisions qui s’opposent : +0,89 % et +4 %
Le guide 2026 de Robert Half, relayé par Le Monde Informatique le 8 octobre 2025, prévoit une hausse de 0,89 % pour l’IT, un net ralentissement après plusieurs années de progression soutenue. Robert Walters, dans son étude de décembre 2025, retient 4 % pour les métiers du numérique, contre 3 % annoncés un an plus tôt et 7 % en 2024.
Les deux cabinets ne contredisent pas vraiment la tendance : le rythme se calme. Mais l’un parle de l’ensemble du secteur IT, l’autre de profils plutôt cadres et managers, et aucun des deux articles ne détaille l’échantillon. Robert Walters indique aussi que 83 % des entreprises du numérique disent vouloir augmenter leurs salariés, alors que 52 % des cadres IT s’attendent à une revalorisation.
Chez Robert Half, la moyenne cache de fortes disparités. Dans la grille d’Île-de-France, le responsable des systèmes d’information et l’architecte logiciel gagnent 7 % et l’expert en cybersécurité 6 %. Ce dernier est positionné à 52 000 euros bruts annuels en junior, 65 000 en intermédiaire et 80 000 en confirmé.
Silkhom : la data grimpe, le développement stagne
Le baromètre Silkhom, présenté par Le Monde Informatique le 7 juillet 2026, adopte une logique de salaires observés pour des profils seniors, de plus de sept ans d’expérience selon les légendes des graphiques. Le data scientist progresse de 11,4 % autour de 56 000 euros, le data engineer de 10,4 % près de 58 000 euros, tandis que le développeur Java ou Python reste autour de 45 000 euros, en léger recul.
Le contraste le plus net concerne la cybersécurité : l’ingénieur cybersécurité et le DevSecOps reculent de plus de 8 % chez Silkhom, alors que Robert Half annonçait une hausse de 6 % pour l’expert cyber. Les deux mesures ne portent pas sur les mêmes populations ni sur la même période, ce qui suffit à expliquer une partie de l’écart sans que l’on puisse trancher.
Côté IA, Silkhom chiffre à 56 % en moyenne l’écart de rémunération entre un salarié maîtrisant ces compétences et ses pairs au même poste, prime qui aurait plus que doublé en un an. Le MLOps se situe autour de 75 000 euros et le LLMOps autour de 85 000. Selon le cabinet, ce qui se paie désormais, c’est «la rareté et l’exigence» plus que la maîtrise d’un langage.
L’Apec donne un autre étage : les médianes de cadres
L’étude Apec sur 111 familles de métiers, parue en décembre 2025 et commentée par Le Monde Informatique le 22 décembre, raisonne en médianes et en fourchettes par âge, responsabilité, zone, taille d’entreprise et secteur. Elle ramène les ordres de grandeur à un niveau plus bas que les baromètres de cabinets de recrutement.
La médiane fixe d’un DSI en Île-de-France atteint 77 000 euros, contre 55 000 pour l’ensemble des cadres. En cybersécurité, la médiane est de 60 000 euros, en data de 54 000, en réseaux et télécoms de 51 000. Le data engineer affiche une moyenne de 47 000 euros, dans une fourchette de 35 000 à 60 000, nettement sous les 58 000 de Silkhom : ici encore, l’ancienneté et la population mesurée expliquent l’écart.
Comparer les études de salaires IT sans se tromper
Avant d’utiliser un chiffre en entretien annuel, en grille interne ou en réponse à un appel d’offres, quatre questions suffisent à trier : s’agit-il d’une prévision ou d’un constat, d’une moyenne ou d’une médiane, quelle population (cadres, seniors, Île-de-France), et quelle taille d’échantillon. Plusieurs des articles consultés ne publient ni échantillon ni période d’enquête.
| Étude | Nature | Chiffre clé | Population |
|---|---|---|---|
| Robert Half (oct. 2025) | Prévision 2026 | +0,89 % pour l’IT | Grille, Île-de-France |
| Robert Walters (déc. 2025) | Projection 2026 | +4 % pour le numérique | Métiers du numérique |
| Apec (déc. 2025) | Médianes 2025 | DSI 77 k€ en Île-de-France, cyber 60 k€ | Cadres, 111 familles |
| Silkhom (juil. 2026) | Salaires observés | Data scientist +11,4 %, data engineer +10,4 % | Profils de plus de 7 ans |
Ce que ça change pour les ESN, les consultants et les freelances
Pour les ESN, la hausse moyenne de 1 % à 4 % ne dit pas où se situe la pression : elle se concentre sur la data, l’IA de production et quelques postes d’architecture, pas sur le développement généraliste. Un directeur d’agence qui applique une enveloppe uniforme risque de perdre ses profils rares tout en surpayant les segments plats. Les grilles de salaire d’embauche gagnent à être segmentées par famille de compétences.
Le décalage pèse aussi sur la marge. Quand un profil data ou MLOps se négocie 10 % plus cher, l’ESN doit le répercuter dans son taux journalier, sans quoi le coût d’un consultant sur ces compétences dépasse la facturation. À l’inverse, sur les profils de développement stables, la négociation côté client reste serrée. Notre analyse sur les minima Syntec 2026 montre d’ailleurs que le plancher conventionnel rattrape les premiers échelons, ce qui comprime l’écart avec les salaires d’embauche des juniors.
Pour les consultants, face aux salaires IT 2026, l’argument de la rareté est le seul qui se défend avec des données : citer un baromètre sans préciser sa population affaiblit la demande. Les profils qui cumulent compétences d’industrialisation (MLOps, sécurité de l’IA) sont ceux que Silkhom voit le mieux rémunérés. Pour les freelances, ces mêmes écarts se retrouvent dans les tarifs, ce qui rend la comparaison avec un salaire brut toujours approximative.
Enfin, côté recrutement, la tendance à recruter moins mais plus exigeant et les attentes envers les juniors convergent avec l’avertissement de Silkhom : les postes d’entrée demanderont bientôt des compétences autrefois réservées aux profils expérimentés. Le contexte de volume, détaillé dans notre point sur les recrutements de cadres informatiques prévus par l’Apec, laisse peu de place à une inflation généralisée.
Les points à retenir
- Les prévisions de salaires IT 2026 vont de 0,89 % (Robert Half) à 4 % (Robert Walters), selon le périmètre.
- Silkhom observe +11,4 % pour le data scientist et +10,4 % pour le data engineer, mais un développeur Java ou Python quasi stable.
- Sur la cybersécurité, les études divergent : +6 % prévu pour l’expert chez Robert Half, plus de 8 % de baisse pour l’ingénieur chez Silkhom.
- L’Apec fournit des médianes plus basses, utiles pour une grille interne : 60 000 euros en cybersécurité, 54 000 en data.
- Avant d’utiliser un chiffre, vérifier nature, population et échantillon de l’étude.
Sources : Le Monde Informatique, guide Robert Half 2026 (8 octobre 2025) ; Le Monde Informatique, étude Robert Walters (9 décembre 2025) ; Le Monde Informatique, étude Apec (22 décembre 2025) ; Le Monde Informatique, baromètre Silkhom (7 juillet 2026).

