Les Assises de la cybersécurité 2026 se sont tenues du 7 au 10 octobre au Grimaldi Forum de Monaco, avec un record de 3 456 participants dont 1 510 décideurs invités. Le thème, « Osons ! », a surtout servi de toile de fond à une question de budget : comment prouver ce que rapporte la cybersécurité. Pour les ESN qui vendent du conseil, du SOC ou de l’intégration, la demande de preuves change la manière de vendre.
Les Assises de la cybersécurité 2026 ont confirmé que les responsables sécurité veulent mesurer l’efficacité réelle de leurs dispositifs, pas seulement empiler des outils. Les directions attendent des tests en conditions réelles, des plateformes plus intégrées et des arguments chiffrés pour défendre leur budget.
Un événement en croissance
Selon le bilan publié par Solutions Numériques, 497 des invités venaient pour la première fois. L’édition a réuni 188 entreprises partenaires, 26 start-up et scale-up, et 12 620 rendez-vous individuels sur trois jours. L’ONU, l’ANSSI et le COMCYBER-MI sont intervenus sur scène, et le prix de l’innovation est allé à Giskard AI pour l’évaluation et la sécurisation des modèles d’IA. La prochaine édition est annoncée du 13 au 16 octobre 2027.
Ces chiffres décrivent un marché qui reste dynamique, même si les budgets ne suivent pas toujours la menace. C’est ce décalage qui structure les discussions.
La preuve avant l’outil
Après des années d’achats de produits, les responsables sécurité constatent que les attaques continuent. Ils réclament donc des démonstrations : que se passe-t-il pendant une attaque, quelle architecture résiste, quel investissement a réduit le risque. L’entreprise 6cure, spécialiste de la protection contre les attaques par déni de service, rapporte que cette exigence de preuve s’impose, la réglementation restant le principal moteur dans la banque et la finance.
Les arbitrages vont vers la simplification. Plutôt que d’ajouter une solution, les organisations privilégient les plateformes intégrées et la réduction des dépendances critiques, tout en gardant la liberté de choix technologique. Le pare-feu et l’antivirus ne suffisent plus à justifier une ligne de budget : il faut un indicateur.
Des attaques plus rapides, des délais qui se raccourcissent
Sébastien Viou, de Fortinet, estime que les attaques assistées par IA ne surprennent plus. Des tentatives d’exploitation peuvent apparaître dans les heures qui suivent la publication d’une faille critique, ce qui oblige à ramener les délais de correction de quelques semaines à quelques heures. Il défend aussi une logique de résilience plus que de souveraineté au sens strict.
Pour un prestataire, cela se traduit par des engagements de service plus tendus : détection, qualification et remédiation doivent être mesurables et rapides. Les contrats de supervision sécurité s’évaluent désormais sur des délais, pas sur des promesses de couverture.
Ce que ça change pour les ESN
La conséquence la plus directe concerne l’offre. Les ESN qui vendent de la sécurité gagneront à proposer des tests en conditions réelles, des tableaux de bord de résultats et des plateformes intégrées, plutôt qu’un catalogue de produits revendus. Le rapprochement mondial d’Atos et de Fortinet, déjà détaillé dans notre article sur l’alliance Atos Fortinet, illustre cette logique d’offre combinant technologie et services managés.
Deuxième effet, réglementaire. DORA, les exigences de la Banque centrale européenne et les obligations attendues de NIS 2 restent cités comme des moteurs de dépense. Le retard français sur ce dernier texte est décrit dans notre point sur la loi Résilience. Tant que le texte n’est pas voté, les directions hésitent à engager de gros budgets, ce qui retarde certaines missions de conformité.
Troisième effet, humain. La pénurie de compétences est traitée par la formation, l’automatisation et la simplification des opérations. Un consultant en sécurité qui sait documenter un résultat mesurable aura plus de poids qu’un profil purement technique, une tendance à garder en tête pour la négociation des missions.
Un message aux fournisseurs
6cure indique que la filière doit fournir aux responsables sécurité de bons arguments pour convaincre en interne, car les directions générales restent souvent centrées sur le budget et inégalement sensibilisées. Son objectif pour 2027 est de faire de la cybersécurité une priorité budgétaire de l’ensemble de l’entreprise. Les prestataires qui accompagnent cette démarche, par des audits chiffrés ou des exercices de crise, se placent en conseil plutôt qu’en simple exécution.
Comment s’en servir en rendez-vous client
Pour les équipes commerciales des ESN, les Assises de la cybersécurité 2026 offrent un cadre de discussion utile : le client n’achète plus une promesse de protection, il achète une réduction de risque démontrable. Une proposition qui s’ouvre sur des indicateurs, des exercices en conditions réelles et une trajectoire de simplification des outils répond mieux à ce que décrivent les responsables sécurité qu’un catalogue de références techniques.
Cela suppose aussi de savoir dire ce qu’un dispositif ne couvre pas. Les clients qui ont déjà empilé les produits attendent de leur prestataire un avis honnête sur ce qu’il faut retirer, regrouper ou remplacer, et pas seulement sur ce qu’il faut ajouter.
Les points à retenir
- Les Assises 2026, du 7 au 10 octobre à Monaco, ont battu leur record avec 3 456 participants.
- Le thème dominant est la mesure de l’efficacité : tests réels, indicateurs et arbitrages budgétaires.
- Les délais de correction doivent passer de semaines à heures face aux attaques assistées par IA.
- Pour les ESN, l’offre gagnante combine plateforme intégrée, preuves chiffrées et conformité DORA ou NIS 2.
Sources : Solutions Numériques, bilan des Assises 2026 ; Solutions Numériques, L’essentiel du marché, semaine du 12 octobre 2026.

