Le marché des Entreprises de Services du Numérique (ESN) sort d’une année difficile. Selon les estimations publiées par Numeum, l’organisation professionnelle du secteur, l’activité des ESN en France a reculé de 1,8 % en 2025, à environ 34,3 milliards d’euros. Pour 2026, la profession anticipe un retour à la croissance, mais à un rythme modeste : +1,4 %, soit près de 34,8 milliards d’euros. Une reprise réelle, donc, mais loin des années fastes de l’après-Covid.
Un marché du numérique tiré par les éditeurs, pas par les services
Le contraste est frappant entre les différentes composantes du numérique français. Numeum prévoit une croissance globale du marché de 4,3 % en 2026, à 74,3 milliards d’euros. Mais ce chiffre est d’abord porté par les éditeurs de logiciels et les plateformes cloud, attendus à +8,4 %. Le SaaS (+12,9 % en 2025) et le cloud public IaaS/PaaS (+18,1 %) captent une part croissante des budgets informatiques.
Pour les ESN, ce glissement a une conséquence directe : une partie de la dépense qui finançait hier des projets d’intégration sur mesure est aujourd’hui consacrée à des abonnements. Les DSI achètent davantage de logiciels « prêts à l’emploi » et moins de jours-hommes de développement spécifique.
Ce qui a reculé en 2025
Le détail des chiffres 2025 montre que la baisse a touché presque toutes les activités des ESN :
- Le conseil a reculé de 3,7 %, à 3,7 milliards d’euros : les missions de cadrage et de transformation sont les premières reportées quand la visibilité économique se dégrade.
- L’intégration de systèmes, cœur de métier historique, a baissé de 3 % à 14,3 milliards d’euros.
- Les services d’exploitation (run) ont mieux résisté (-0,5 %, 13,5 milliards), grâce à la récurrence des contrats d’infogérance et de tierce maintenance applicative.
- Le BPO (externalisation des processus métiers) est le seul segment en hausse, à +1,9 %.
Autrement dit, ce sont les activités les plus discrétionnaires, celles que les clients peuvent décaler d’un trimestre à l’autre, qui ont le plus souffert. Les contrats pluriannuels ont joué leur rôle d’amortisseur.
Les signaux d’une reprise
Plusieurs indicateurs avancés suivis par Numeum au second semestre 2025 laissent penser que le point bas est passé. Près d’une ESN sur deux (47 %) se déclarait en croissance, et les carnets de commandes, le nombre de nouveaux projets signés et la taille moyenne des projets étaient orientés à la hausse. Le volume d’appels d’offres progressait également, même légèrement.
Trois moteurs structurels soutiennent la demande :
- L’intelligence artificielle, qui génère des projets d’industrialisation, de gouvernance des données et d’intégration dans les systèmes existants ;
- La cybersécurité, dont la priorité augmente à mesure que les surfaces d’attaque s’étendent ;
- La migration vers le cloud et la modernisation des applications, qui restent des chantiers de plusieurs années pour les grands comptes.
Les freins qui persistent
La reprise reste fragile. L’attentisme des clients, lié à l’incertitude politique et budgétaire en France, continue de rallonger les cycles de décision. Le secteur public, gros acheteur de prestations, reste contraint par les arbitrages budgétaires.
Surtout, l’IA générative pèse aussi sur le chiffre d’affaires des prestataires. Parmi les ESN qui signalent un impact négatif, Numeum relève la pression sur les prix exercée par les clients (cités par 15 % des répondants), la réduction du temps facturable (10 %) et la difficulté à vendre des prestations à forte valeur (5 %). Quand une tâche de développement ou de test prend deux fois moins de temps, le modèle facturé au temps passé se retrouve directement exposé.
L’emploi, variable d’ajustement
Le numérique emploie environ 666 000 personnes en France, un effectif en hausse d’environ 50 % sur dix ans. Mais 2024 s’est soldée par la perte de 7 500 emplois et 2025 par une stabilisation des recrutements. Les grandes ESN ont ajusté leurs effectifs : Capgemini a ainsi annoncé en janvier 2026 un projet de rupture conventionnelle collective pouvant concerner jusqu’à 2 409 postes en France, invoquant la transformation liée à l’IA et le ralentissement du marché.
Pour les consultants, cette situation se traduit par des intercontrats plus longs, des processus de recrutement plus sélectifs et une pression sur les taux journaliers, en particulier pour les profils généralistes. À l’inverse, les compétences en data, IA, cloud et cybersécurité restent recherchées.
Ce que cela change pour les ESN
La sortie de crise ne ressemblera pas à un simple retour à la situation de 2022. Les ESN qui tirent leur épingle du jeu partagent quelques caractéristiques :
- une part importante de revenus récurrents (infogérance, centres de services, maintenance) qui sécurise le chiffre d’affaires ;
- un positionnement clair sur des expertises rares plutôt que sur l’assistance technique généraliste ;
- une capacité à vendre des engagements de résultat (forfaits, unités d’œuvre) plutôt que du temps passé, ce qui permet de capter une partie des gains de productivité liés à l’IA ;
- une organisation de production capable de combiner équipes en France et centres nearshore pour tenir les prix.
Questions fréquentes
Quelle croissance pour le marché des ESN en 2026 ?
Numeum anticipe une hausse d’environ 1,4 % de l’activité des ESN en France en 2026, à près de 34,8 milliards d’euros, après un recul de 1,8 % en 2025. La reprise est réelle mais modeste, et reste inférieure à la croissance de 4,3 % attendue pour l’ensemble du marché du numérique.
Quelles activités des ESN ont le plus reculé en 2025 ?
Le conseil (-3,7 %) et l’intégration de systèmes (-3 %), c’est-à-dire les activités que les clients peuvent le plus facilement reporter. Les services d’exploitation ont mieux résisté (-0,5 %) grâce aux contrats récurrents, et le BPO est le seul segment en hausse (+1,9 %).
Quels sont les moteurs de la reprise des ESN ?
Trois moteurs structurels soutiennent la demande : les projets d’intelligence artificielle, la cybersécurité et la migration vers le cloud avec la modernisation des applications. Au second semestre 2025, 47 % des ESN se déclaraient en croissance selon Numeum.
Ce qu’il faut retenir
2026 devrait marquer la fin du recul pour les ESN françaises, mais avec une croissance d’environ 1,4 % qui restera inférieure à celle du reste du numérique. Le marché se recompose autour de l’IA, du cloud et de la sécurité, tandis que le modèle de la régie au temps passé est mis sous pression. Pour les dirigeants comme pour les consultants, l’enjeu de l’année est moins le volume que le positionnement.
Sources : estimations et prévisions Numeum (décembre 2025), données publiques Capgemini. Les chiffres de marché sont des estimations susceptibles d’être révisées.

